Félix Proulx dit Clément, pionnier inconnu de Ripon (deuxième partie)

2019/02/12

Felix Proulx dit Clément, de l’Île Bizard, en passant par Newton, puis Rigaud, jusqu’à Ripon

 

Felix Proulx aura vécu son enfance à l’Île Bizard jusqu’à l’âge de 15 ans puisqu’en 1832 son père vendit la terre pour aller s’établir à Saint-Hermas, près de Chatham, du côté nord de la rivière des Outaouais, à la hauteur d’Hawkesbury.

 

Le 17 mars 1838, son père lui vend un lopin de sa terre. Il réside alors avec ses parents. Vers la fin des années 1830, Felix a probablement été tenté par les chantiers au nord-ouest du canton de Newton puisque à son mariage en 1849, il résidait dans cette localité. Ce canton, situé au sud-ouest de Sainte-Marthe de Vaudreuil, connaît depuis les années 1820 un boom démographique : des Écossais du comté de Glengarry s’installent à l’extrémité sud-ouest du canton, qu’on nommera Péveril; « vers le même temps, les jeunes gens de Vaudreuil entament la forêt du côté nord-ouest. Ils se construisent des petites huttes ou cabanes qui leur servent de demeures. Leurs provisions consistent en un peu de farine, de lard et le produit de leur chasse. Leur occupation principale est d’abattre des arbres, de les réduire en cendres et d’en tirer de la potasse. Leur existence semble être ignorée du reste des hommes. Bientôt, quelques amis viennent les rejoindre, des familles entières s’y transportent et en peu d’années, la population devient assez considérable pour faire donner à leur coin de canton le nom de Grand-Chantier petit village qui s’étend depuis le premier rang jusqu’au troisième rang sur une largeur variable ne dépassant pas une trentaine d’arpents ayant pour centre cette lisière de terre ajoutée en 1811 au canton de Newton et déversant un peu de chaque côté. Ste-Marthe et Ste-Anne-de-Prescott en font partie. Ce coin est appelé Mongenais un peu plus tard. On peut y compter jusqu’à une cinquantaine de maisons bâties sans aucun souci de l’architecture. » [19] C’est probablement à Newton que Felix rencontra son futur beau-frère, Joseph Joanisse Depocas, qui épousa sa sœur Zoé Proulx en 1845 à Saint-André d’Argenteuil; on retrouvera ce Joseph Joanisse et son épouse au recensement de Newton, en 1851. De plus, c’est aussi à Newton que Felix rencontra la famille Decœur : David et Luce Decœur seront les parrain et marraine de sa fille Virginie, baptisée en 1852 à Sainte-Madeleine de Rigaud.

 

Felix épouse, à l’âge de 32 ans, le 20 août 1849, à Sainte-Marthe de Vaudreuil, Olympe Labre, âgée de 16 ans, née le 25 mars 1833, à Rigaud, fille d’Hyacinthe et Cléotilde Clophée Séguin. Voici le texte de l’acte : Le vingt août mil huit cent quarante neuf après la publication de trois bans de mariage faite au prône de nos messes paroissiales entre Felix Proulx de Newton menuisier fils majeur de Hyacinthe Proulx cultivateur et de Rose Baulne de Masham d'une part, et Olympe Labre fille mineure de Hyacinthe Labre cultivateur et de Cloffé Séguin de Rigaud, d'autre [part] pareille publication ayant été faite à Rigaud, et ne s’étant découvert aucun empêchement au dit mariage auquel les parents respectifs ont consenti nous curé soussigné [5 mots illisibles] curé de Rigaud avons reçu leur mutuel consentement de mariage et leur avons donné la bénédiction nuptiale en présence de Emery Chevrier servant de père à l’époux et Joseph Joannis beau frère de l’époux de Hyacinthe Labre père de l’épouse de Leocadie Labre mere de l’épouse qui ainsi que les époux n’ont su signer. Martineau, ptre. Sept enfants ont été répertoriés de l’union de Félix Proulx et Olympe Labre :

  1. Marie Auxilie Proulx, née et baptisée le premier juin 1850, à Sainte-Madeleine de Rigaud : Le premier Juin mil huit cent cinquante par Nous Prêtre soussigné a été baptisée Marie Auxilie née le même jour du légitime mariage de Felix Proulx, cultivateur et d'Olympe Labre, de cette paroisse. Le parrain a été Hyacinthe Labre et la marraine Zoé Proulx qui ainsi que le père présent ont déclaré ne savoir signer. S.P. Desautels, ptre. La marraine, Zoé Proulx, comme nous l’avons vu, est la sœur de Felix; elle avait épousé Joseph Joannis Depocas le 28 juillet 1845 à Saint-André d’Argenteuil. Ce Joseph Joannisse figurait dans le recensement de Newton en 1851 : Joseph Joanisse est cultivateur, originaire de Grand-Brulé, et a alors 45 ans, et Zoé Proulx, originaire de l'Île Bizard, qui en a 28. Puis on retrouve Auxilie au recensement de Ripon, en 1851 : elle a alors un an. On la retrouve à nouveau au recensement de Ripon en 1861 : Oxille a alors 10 ans. Elle s’est mariée le 29 mai 1869 à l’église Saint-Casimir, à Ripon, avec Julien Brayer dit Saint-Pierre (les parents ne sont pas mentionnés dans l’acte).

  2. Virginie Proulx, née le 17 février 1852 et baptisée à Sainte-Madeleine de Rigaud : Le dix huit février mil huit cent cinquante deux Nous Prêtre Soussigné avons baptisé Virginie née hier matin du Légitime mariage de Felix Proulx cultivateur de cette paroisse et d'Olympe Labre. Parrain David Decœur, marraine Luce Decœur qui ont déclaré ne savoir signer. Le père a signé. Felix Proulx, Jos. Seguin, ptre. Les Decœur sont de Newton. Puis on retrouve Virginie au recensement de Ripon en 1861 : Mary (certainement Virginie) a alors 8 ans. Elle s’est mariée le 17 juin 1872, à l’église Saint-Casimir, à Ripon, avec Cléophas Legault, fils de Jacques et Adélaïde Leblanc.

  3. Dolphus Proulx, né en 1853 ou 1854, à Rigaud. Aucune trace de lui dans les registres de la paroisse Sainte-Madeleine, qui sont en mauvais état. On le retrouve au recensement de Ripon en 1861 : il a alors 7 ans.

  4. Rose de Lima (Delima) Proulx dit Clément, née le premier juin 1856, à Ripon, et baptisée à Saint-André-Avellin, le même jour : Le premier juin mil huit cent cinquante six nous soussigné curé avons baptisé Rose de Lima née le même jour du mariage légitime de Felix Proulx menuisier et de Olympe Labre de cette paroisse. Le parrain a été Damase Lague et la marraine Flavie Labre qui ont déclaré ne savoir signer. Le père a signé avec nous. Felix Proulx, J. David. On la retrouve au recensement de Ripon en 1861 : Délima a alors 4 ans et est dite originaire de Saint-André-Avellin. Au recensement d’Ottawa, dans Victoria Wards (les Plaines Le Breton) en 1871, on retrouve Delima Clement, une couturière de 17 ans, qui vit avec la famille d’Aug. Fauteux, journalier de 44 ans et son épouse Matilda, 37 ans, ainsi que leurs trois enfants. Elle s’est mariée le 17 août 1879, à l’âge de 22 ans, à la basilique Notre-Dame d’Ottawa, avec Georges Marion, âgé de 23 ans, fils de Louis et Julie Lebel. Georges est né le 6 octobre 1855 (mais on lit1854 sur la stèle funéraire). On retrouve le couple au recensement d’Ottawa en 1881 : Georges a alors 24 ans et Délima, 23; leur fils Napoléon a 3 mois. On trouve également dans ce recensement la mère de Georges, Julie Marion, veuve, qui a alors 55 ans, ainsi que ses frères Louis, 23 ans, et Nelson, 16 ans. La famille était à Saint-André-Avellin en 1891 : Georges a alors 35 ans et Délima 33. Puis ils sont à Ottawa en 1901 : Georges a alors 45 ans et Délima 40. Ils ont ensuite habité à Hull puisqu’on les retrouve au recensement en 1911 : George a alors 56 ans et Délima, 53. On les retrouve de nouveau en 1921 au recensement de Hull : Geo, ouvrier, a alors 66 ans, et Délima en a 64. Délima est décédée en 1930, à l’âge de 73 ans, à Hull; elle a été inhumée en 1930, au cimetière Notre-Dame de Hull. Georges est décédé en 1932, à l’âge de 77 ans, à Hull.

  5. Rose Proulx, née en 1858 à Ripon et baptisée à Saint-André-Avellin. On la retrouve au recensement de Ripon en 1861 : Rose a alors 3 ans. Elle s’est mariée le 28 avril 1881 à l’église Saint-Casimir de Ripon avec Alfred Rochon, fils de Moïse et Angèle Proulx, né en 1858.

  6. Napoléon Proulx, né le 2 août 1861, à Ripon, et baptisé le lendemain, à l’église de Saint-André-Avellin. Le texte du registre se lit ainsi : Le trois août mil huit cent soixante et un, nous curé soussigné avons baptisé Joseph Napoléon né le deux du courant du légitime mariage de Felix Proulx meunier domicilié à Ripon et Olympe Labre. Le parrain a été Benjamin Ouimet cultivateur et la marraine Marie St-Denis qui, ainsi que le père, ont déclaré ne savoir signer. C. Guillaume, ptre. Il s’est marié avec une dispense du quatrième degré de consanguinité, le 22 août 1882, à l’église Saint-André-Avellin, avec Suzanne Émilia Denis, fille d’Antoine Narcisse et Henriette Dion.

  7. Joseph Adrien Clément dit Proulx, né le 28 septembre 1863, à Ripon, et baptisé à Saint-André-Avellin. Il s’est marié v.1883 avec Pomela Saint-Denis, probablement à Hull. Il est décédé à l’âge de 24 ans le 21 novembre 1887, selon les registres de Notre-Dame-de-Grâce de Hull.

Le couple s’établit à Rigaud, cohabitant ou vivant près des parents d’Olympe, selon le recensement de Rigaud en 1851. Effectivement, on y retrouve Hyacinthe Labre, cultivateur originaire de Rigaud, 50 ans, avec son épouse Cléophé Séguin, 43 ans, ainsi que leurs enfants Flavie (8 ans) et Rose (7 ans). Avec la famille d’Hyacinthe, il y a celle de son gendre, Felix Proulx, menuisier originaire de Sainte-Geneviève, âgé de 33 ans, et son épouse Olympe Labre, originaire de Rigaud, âgée de 18 ans, ainsi que leur fille Auxilie, âgée d’un an. De plus, un acte de cession par H. Labre à F. Proulx a été préparé le 13 mars 1850 par le notaire Martin Georges Baret (no 238).

 

Le frère de Cléophée Séguin (la belle-mère de Félix), Hubert Séguin, obtient une concession le 23 mars 1852 à Ripon, préparée par le notaire Martin Georges Baret. Au recensement de Ripon, en 1851, on retrouve Hubert Séguin, cultivateur âgé de 63 ans, son épouse Mad Hubert Séguin, 48 ans, ainsi que leurs enfants Damase (22 ans), Appoline (16 ans) et Olemine Davis (9 ans). C’est à cette époque que Hyacinthe Labre et Cléophée Séguin vendent leur terre de Rigaud pour aller s’établir à Ripon. Le 3 août 1853, Hyacinthe Labre vend sa terre de Rigaud à Jean Baptiste Vachon (notaire Clet Raizenne, nos 1213 et 1216). Par la suite, on le voit s’installer sur la terre de son beau-frère Hubert Séguin.

 

Le 25 novembre 1853, trois actes consécutifs ont été enregistrés par le notaire Théophile-Romual Bergeron, du district judiciaire de Montréal (nos 55-56-57) sur des transactions concernant Félix Proulx.

 

L’acte no 55 traite de la vente à Félix Proulx d’un lopin de terre situé au sud de la côte Sainte-Madeleine à Rigaud par Hyacinthe Labre, son beau-père. Cette terre fait partie du lot 28 côté est d'icelle, contenant le dit lopin de terre un arpent de front sur vingt cinq arpents de profondeur tenant par devant au chemin de base par derrière au (a été biffé terrain non) continuations appartenant à Jean Baptiste Vachon, d'un côté à Moïse Major et de l'autre côté aux dits vendeurs avec une maison et une boutique dessus construites. Ainsi que le tout se poursuit et comporte circonstances et dépendances que le dit acquéreur a dit bien savoir et connaitre pour l'avoir vu et visité en est content et satisfait auquels vendeurs le dit terrein et la dite terre dont il fait partie appartiennent en jouissance et en usufruit pendant leur vie Durant seulement suivant un certain acte de donation que le Sieur Jean Baptiste Labre et Dame Françoise Cholette, son épouse, père (je est rayé) et mère du dit Sr comparant, lui ont consenti devant Me Alex Raizenne et confrère Notaire en date des jour et an y contenus. Cette terre appartenait auparavant aux grands-parents d’Olympe Labre, épouse de Félix Proulx. Cette terre fut vendue pour le prix et somme de dix huit livres, cour actuel de cette Province que les dits vendeurs reconnaissent avoir eu et reçu du dit acquéreur dès avant ces présentes, en sont contens et satisfaits et lui donnent bonne et valable quittance générale et finale.

 

L’acte no 56 concerne une dette envers Jean Baptiste Mongenais, Ecuier, Membre du Parlement Provincial, demeurant en la dite paroisse de Ste Magdeleine de Rigaud, à ce présent et acceptant créancier : une somme de cinquante livres, cours actuel de cette Province pour valeur reçue ce jour dont (la dite Dame dites est rayé) dits débiteurs disent être contens et satisfaits laquelle somme de cinquante livres, susdit cours, les dits débiteurs ont promis et promettent conjointement et solidairement payer au dit Sr créancier ou au porteur des présentes en deux paimens égaux de chacun vingt cinq livres, même cours, le premier desquels deviendra dû et échu dans le cours du mois d'Octobre l'année prochaine et le second aussi en Octobre de l'année suivante que l'an comptera mil huit cent cinquante cinq, termes préfix à peine sc. avec intérêt à compter de ce jour. En garantie, Félix soumet un terrain qu’il possède à Newton incluant les moulins à scie. De son côté, Olympe soumet la terre familiale que le couple vient d’acquérir le jour même. De plus, certainement pour aider son gendre dans ses projets, Hypolithe Labre intervient dans la transaction et s'est volontairement rendu et constitué caution des dits débiteurs envers le dit Sr créancier pour la susdite somme de cinquante livres susdit cours actuel, et s'est obligé solidairement avec eux lui seul pour le tout, au paiment de la dite somme dans le temps ci-dessus marqué, faisant son propre fait de la dite dette, comme principal débiteur et seul obligé.

 

Le troisième acte no 57 concerne l’achat de la partie de son associé, Joseph Despocas dit Joannisse, de la terre de Newton comprenant le moulin à scie. Premièrement : tous les droits, jouissances et prétentions qu'il a ou peut avoir (a été rayé : sur un lopin de terre en commun avec le dit Sr Félix Proulx), sur un lopin de terre situé dans le dit Township de Newton de la contenance d'un arpent en superficie, qui devra s'étendre (a été rayé : d'un moulin à scie touchant au dit terrein) depuis et à partir d'une distance de dix huit pieds de la maison du dit vendeur en largeur jusqu'à la ligne qui borne le terrein de Frs Xavier Jeannot, et sur la profondeur la distance qu'il faudra depuis et à partir d'un moulin à scie jusqu'à la profondeur qu'il faudra pour farmer la superficie du dit arpent. deuxièment tous les droits, jouissances et prétentions qu'il a ou peut avoir en un certain moulin (renvoi indique : à scie) situé dans le dit Township de Newton, sur une petite rivière, tenant au terrein ci-dessus cédé, et que le dit Sr vendeur tient et possède en commun avec le dit Sr acquéreur, se désistant en conséquence de tout ce qui peut lui appartenir comme commun avec le dit Sr acquéreur dans le susdit moulin et de tout ce qui peut y avoir rapport, et nommément d'une des scies dudit moulin autre que celle actuellement y employé, de la contenance le dit moulin à scie de quarante pieds sur trente avec ses planchers tel qu'ils s'y trouvent aujourd'hui. Ainsi que le tout se poursuit et comporte circonstances et dépendances que le dit acquéreur a dit bien savoir et connaître pour l'avoir vu et visité en est content et satisfait auquel vendeur le dit terrein appartient en jouissance comme l'ayant eu de Bruneau Jeannot fils. La vente a été conclue pour et moyennant le prix et somme de cinquante livres, cours actuel de cette Province que le dit vendeur reconnait avoir eu et reçu ce jour du dit acquéreur en est content et satisfait et (est rayé : en don) lui en donne bonne et valable quittance générale et finale.

 

Le 3 janvier 1855, Félix Proulx, alors résidant de Rigaud, vend à Benjamin et Gédéon Cardinal, résidants de Newton, un lopin de terre situé dans le dit Township de Newton, de la contenance d'un arpent en superficie s'étendant en largeur depuis et à partir de dix huit pieds de la maison connue comme appartenante à Joseph Despocas dit Joanis et actuellement occupé par Joseph Dufresne, (a été rayé : et en profondeur) jusqu'à la ligne de François Xier Jeannot, et en profondeur depuis le moulin à scie jusqu'à la distance nécessaire pour pour farmer la superficie du dit terrein. Deuxièmement tous les droits, jouissances et prétentions qu'il a ou peut avoir dans le susdit moulin à scie qui tient au terrein ci-dessus, duquel il se dessaisit ainsi que de tout ce qui peut y avoir rapport (a été rayé : au dit moulin). La transaction est fait pour et moyennant la somme de soixante quinze Louis, cours actuel de cette Province que le dit vendeur reconnait avoir reçue ce jour des dits acquéreurs dont quittance générale et finale (notaire Théophile-Romual Bergeron, no 188).

 

Comme Felix, plusieurs familles quittent leur région pour aller s’établir là où il y a des terres disponibles. C’est ainsi que, peu avant 1850, l’oncle par alliance de Felix, Hubert Séguin, frère de sa belle-mère, Clophée Séguin, s’installe, avec sa femme et ses trois enfants, au bord de la rivière Petite-Nation. Il a squatté des terres, plus tard les lots 32 et 33, juste en haut des actuelles chutes à Joubert, comme d’autres avant lui : on trouve dans le rang IV, Louis Brazeau, sur le lot 30, Antoine Dicaire, sur le lot 38, et Noël Neveu, sur le lot 41. Cet Hubert Séguin a épousé le 16 octobre 1820 à Sainte-Madeleine de Rigaud, Josèphe Sabourin, fille d’André et Magdeleine Brasseur; plus tard, son fils, Damase Séguin, prendra en charge le lot 32 alors que son père, Hubert Séguin, gardera le lot 33. Le beau-frère d’Hubert Séguin, André Sabourin fils, s’est établi peu avant 1861 sur le lot 38 du rang IV qui était occupé précédemment par Antoine Dicaire, v.1852. Le frère d’André Sabourin, Antoine, occupe le lot 35; le fils de ce dernier, également nommé Antoine, occupe le lot 34, tandis que son gendre, Antoine Saint-Denis, époux d’Eulalie Sabourin, occupe le lot 36.

 

Ces colons devaient se rendre à la petite chapelle de Saint-André-Avellin, construite en 1849, pour les cérémonies de baptême, de mariage et de sépulture. Le village Saint-André-Avellin a été érigé en paroisse en 1851. Toutefois, pour moudre le grain et scier le bois, il fallait se rendre au moulin seigneurial, celui construit [en 1822] et placé en aval de la "Prairie des Castors", près de l'étang du même nom. [20] L’étang des Castors est le ruisseau qui coule sous l’actuelle rue Duquete, à Papineauville. On y retrouve encore aujourd’hui l’ancienne maison du meunier. Au recensement de Montebello, en 1851, on retrouve dans la seigneurie deux moulins à farine et deux scieries.

 

On a donc une bonne idée des raisons qui ont motivé Felix à accepter de suivre ses beaux-parents pour aller s’installer sur une île de la rivière Petite-Nation. Compte tenu des dates de naissance de ses enfants, on peut penser que Felix, sa femme et ses trois enfants, sont arrivés là peu avant 1856, puisque le 4e enfant, Délima, est baptisée à Saint-André-Avellin le 1er juin 1856. Les deux premières filles sont nées et ont été baptisées à Sainte-Madeleine de Rigaud. Aucune trace toutefois de leur fils Dolphis, qui serait né v.1854 à Rigaud. La généalogiste Yvette Séguin-Thériault précise : « Il y amène son épouse Olympe Labre, fille de Hyacinthe Labre et de Cléophée Séguin dit Ladéroute et ses trois enfants : Auxile, Marie et Delphis. La partie de l’île qu’ils occupent fait partie du lot no 31 du rang 4 du canton. Le jeune ménage a de toute évidence été encouragé à venir s’installer à cet endroit par la famille d’Olympe Labre dont les parents possédaient une partie de terrain voisin de l’île et le lot no 32 appartenait à nul autre que Hubert Séguin dit Ladéroute, frère de Cléophée. » [21] Étant menuisier, Felix a probablement vu le potentiel du débit d’eau à cette hauteur de la rivière Petite-Nation. Dans son Mémoire sur la paroisse Saint-Casimir publié en 1895), le Père Alexis Bartigieux écrit : Vers 1856 arriva à Ripon le père Felix Proulx. Il s’établit sur l’île traversée par la ligne de séparation entre le Canton de Ripon et la Seigneurie Petite Nation. Il profite du magnifique pouvoir d'eau pour y bâtir un moulin à farine. Les colons donnent des corvées pour organiser l’écluse et dresser la charpente du moulin. Les colons de la Côte Saint-Pierre se font un chemin pour venir au moulin et les colons de Ripon profitent de ce chemin pour sortir et aller à l’étranger. Quelle heureuse amélioration ce moulin à farine va procurer aux colons du Township! M. Proulx est tellement encouragé avec son moulin à farine, en 1860, il pense bâtir un moulin à scie. Il y réussira grâce à son énergie et à l’aide des colons.

Laissons place à l’auteur François-Régis Soucy, qui a écrit sur le recensement de 1851 à Ripon : « Sur le rang 4 habitent déjà Louis Brazeau, lot 30, Hubert Séguin, lots 32 et 33, Antoine Dicaire, lot 38 et Noël Neveu, lot 41. La famille Brazeau habite un chantier en bois rond. Louis, cultivateur (57 ans) et son épouse Scolastique Hurtubise (48 ans) ont six enfants dont l’âge varie de 20 à 4 ans : Scholastique, Amable, journalier, Philomène, Louis, journalier, Louise et Alphonsine. La famille Séguin habite une maison de bois en pièce sur pièce. Hubert, cultivateur (63 ans) et son épouse, Josephte Sabourin (48 ans) ont deux enfants : Damase, cultivateur (22 ans) et Appoline (16 ou 14 ans). Olémine Daoust (9 ans) est inscrite avec la famille. Séguin n’a pas de potasserie inscrite au recensement. Les Dicaire : Antoine, cultivateur (39 ans) et Scholastique Robillard (39 ans) ont quatre enfants dont l’âge varie de 15 à 3 ans : Felix, Hercule, Flavie, Marcille, et Guillaume. Aucune donnée n’est inscrite sur la potasserie ou l’habitation. La famille Neveu habite un chantier de bois. Noël, cultivateur (28 ans) et son épouse Angélique Brazeau (27 ans) ont deux enfants : Catherine (5 ans) et Angélique (2 ans). Louis, cultivateur âgé de 24 ans, demeure dans la même maison. Neveu n’a pas de potasserie. […] À cette liste, nous ajoutons aussi les familles suivantes, que le recensement ne localise malheureusement pas. Le jeune couple Isidore Rhéaume habite un chantier de bois rond. Isidore, cultivateur (28 ans) et son épouse, Adèle Payette dit St-Amour (22 ans) n’ont pas d’enfant recensé. Rhéaume ne possède pas de potasserie. Le jeune couple Beauchamp demeure dans un chantier en bois rond : François, forgeron (23 ans) et son épouse (17 ans). Beauchamp possède une potasserie et a fait une « passe » de sel en 1851. La famille Caillé habite un chantier en bois rond : François, cultivateur (âgé de 25 ans) et son épouse (22 ans) ont trois enfants : Marcel (6 ans), Angèle (4 ans) et Marcelline (2 ans). Plusieurs autres familles, qui viendront plus tard s’établir dans le canton de Ripon, sont recensées dans la Seigneurie de la Petite-Nation. » [23]

 

Le 11 mai 1855, le village de Ripon est proclamé canton et des billets de location de terre sont émis aux 18 familles déjà installées. Parmi elles, on retrouve les Foucault, les Mignier dit Lagacé, les Boismenu, les Vézeau, les Cholette, les Nault, les Grosleau, les Cyr, les Marcoux, les Rhéaume, les Beauvais, les Brazeau, les Séguin, les Dicaire, les Neveu, les Beauchamp, les Caillé, les Quesnel. [24] 

En 1856, le curé David, qui administrait les paroisses de Saint-André-Avellin, de Montebello et [AF1] de Papineauville, trouvait parfois le temps pour aller dire la messe pour les colons du lac Cimon, qui n’avaient pas de chapelle, mais il semble que les colons de Ripon devaient se rendre eux-mêmes à Saint-André-Avellin. En 1859, un nouvel abbé, Casimir Guillaume, est nommé à Saint-André-Avellin. Il est chargé de dispenser les services religieux dans les environs, ainsi que de rendre visite aux habitants de Ripon et d’Hartwell (Chénéville - Lac-Simon) deux fois par mois. Puisqu’il n’y a pas de chapelle à Ripon, les cérémonies se font dans la maison d’Hubert Séguin, sur le lot 32. À l’été 1861, une entente est conclue avec Hubert Séguin pour réserver une partie de son lot à la construction d’une chapelle. Toutefois, les habitants de Valençay, dans les rangs v et vi au sud du canton de Ripon, s’y opposent, prétextant qu’ils ont une belle route menant à Saint-André-Avellin qui leur a coûté cher. Puis en 1863, ce sont les habitants du nord qui désapprouvent la construction de la chapelle sur le lot 32. En 1864, la chapelle n’est toujours pas construite. C’est en juin de cette même année que Mgr Guigues donne le nom de Saint-Casimir à la mission de Ripon. Enfin, en juin 1865, on procède à la construction d’une chapelle et d’un presbytère sur le lot 32, près du moulin.

 

Le 9 février 1860, on retrouve un acte de vente par F. Proulx à Félix Larocque (notaire Joseph Chartrand, no 168). Ce Félix Larocque, fils de Jean Hubert Larocque et Zoé Portelance, épousera le 20 août 1861 à Saint-André-Avellin Angèle Foucault, fille de Paul Foucault et Rosalie Côté. Le couple s’établira à Ripon et aura près de dix enfants.

 

Deux jours plus tard, soit le 11 février 1860, Félix Proulx et Olympe Labre feront un acte de donation à leurs enfants (notaire Joseph Chartrand, no 171). Ce même jour, un autre acte de donation de Hyacinthe Labre à sa fille Olympe est préparé par le notaire Joseph Chartrand (no 172).

 

Puis on retrouve le couple lors d’un baptême le 12 février 1861 à Saint-André-Avellin. Il indique : Le douze février Mil huit Cent soixante et un, nous Curé soussigné avons Baptisé Félix Samson, né le douze novembre dernier du légitime mariage de Joseph Paquette Cultivateur domicilié à Rippon et de Marie Aubeline Bellanger; le parain a été Felix Clement Cutlivateur meunier, et la maraine Olympe Labre qui, Ainsi que le père de l'enfant ont déclaré ne savoir signer. C. Guillaume, ptre.

 

Au recensement du village de Ripon, en 1861, on trouve Felix Proulx, meunier, originaire de Sainte-Geneviève, 45 ans, et son épouse Olympe, originaire de Rigaud, 28 ans, ainsi que leurs enfants Oxille (de Rigaud, 10 ans), Mary (de Rigaud, 8 ans), Dolphus (de Rigaud, 7 ans), Delima (de Saint-André-Avellin, qui a 4 ans) et Rose (de Saint-André-Avellin, 3 ans). La famille de son épouse habite avec eux : il y a Hyacinthe Labre, cultivateur originaire de Rigaud, 54 ans, et son épouse Clophé Séguin, 50 ans, ainsi que leurs enfants Flavie (16 ans) et Rose (15 ans). À ce recensement de 1861, on dénombre 109 familles pour environ 600 personnes dans le canton de Ripon et 41 familles pour une population de 209 personnes dans le canton d’Hartwell. « Le 10 octobre 1860, une résolution du Conseil de comté d'Ottawa sanctionne la séparation de Ripon de Saint-André-Avellin, tout en lui annexant le comté de Hartwell. L'entrée en vigueur de cette proclamation se fera le 1er janvier 1861. À cette date, le recensement dénombre 609 personnes réparties en 109 familles qui habitent le canton. De ce nombre, 102 pratiquent l'agriculture, les autres exercent les métiers de meunier, forgeron, tonnelier, marchand, menuisier et voyageur. On ne compte qu'un rentier. Au moment du recensement, il y a déjà [AF2] 89 maisons en bois rond d'érigées et 9 autres sont en construction. Une vingtaine de familles cohabitent, des jeunes mariés demeurant parfois dans la maison des parents de l'un ou l'autre époux. » [26]

 

C’est ainsi que le premier janvier 1861, la municipalité des cantons unis de Ripon-et-Hartwell est constituée à partir d'un territoire non organisé. C'est Felix Proulx, le meunier du canton, qui devient le premier maire des cantons unis de Ripon-et-Hartwell.

 

« À partir de 1861, un colon peut maintenant demander ses lettres patentes et devenir ainsi propriétaire de son lot. Hubert Séguin et son fils Damase les obtiennent pour les lots 32 et 33. Il en est de même pour cinq autres familles : Joseph Deguire, Antoine Sabourin, père et fils, Antoine Saint-Denis et Jacques Neveu. Quarante-neuf des 109 familles recensées en 1861, sans doute incapables de tirer leur subsistance de leur lopin de terre, ont déjà quitté le canton de Ripon au recensement suivant, celui de 1871. Que de misère, quelle pauvreté, quelle héroïque patience chez ces courageux colons, écrit le curé de l'époque, Jacob Guay. Si certains partent, d'autres arrivent pourtant puisqu'à ce même recensement, on compte maintenant 255 familles. » [27]

 

En 1861, on peut ainsi compter 38 familles, dans le rang iv : « Auguste Tailleur, Jean-Baptiste Tailleur, Antoine Céré, Michel Minor, Louis-Frédéric Séguin, Antoire Céré fils, François Leblon, Gilbert Lavigne, François Bourgeois, Honoré Roy, Marcel Bélisle, Bruno Janeau, Joseph Legault, François Séguin, Théodore Séguin, Joseph Louisseize, Michel Landriault, Christophe Landriault, Jean-Marie Landriault, Louis Brazeau, Amable Brazeau, François Brazeau, Francis Brazeau, Damase Séguin, Hubert Séguin, Antoine Sabourin, Jacques Neveu, Hector Lapointe, André Sabourin, Alexis Laurin, Benjamin Quesnel, André Sabourin, Jean-Baptiste Gauthier, Felix Deguire, Barnabé Larocque, Narcisse Larocque, Hyacinthe Foucault, Alexandre Simpson. » [28]

 

On remarquera l’absence de cette liste de Felix Proulx dit Clément ainsi que de son beau-père, Hyacinthe Labre. Yvette Séguin-Thériault indique en effet le passage qui suit : « La partie de l’île qu’ils occupent fait partie du lot no 31 du rang 4 du canton. Le jeune ménage a de toute évidence été encouragé à venir s’installer à cet endroit par la famille d’Olympe Labre dont les parents possédaient une partie de terrain voisin de l’île […]. » [29] Hyacinthe Labre, âgé de 59 ans, vivait donc sur le lot 32 de son beau-frère, Hubert Séguin, près de l’île où s’est installé Felix. Cette île n’a pas une très grande superficie : 130 m sur 220 m. On pourrait supposer qu’en 1856, Felix est allé habiter chez sa belle-famille sur le lot 32 et que l’idée de construire un moulin sur l’île lui est venue peu après. Il a probablement participé au défrichement des terres d’Hubert Séguin. Le lot 31 ne semble pas avoir été accordé à qui que ce soit. Pourtant c’est sur une partie de ce lot que Felix installe un moulin sur l’île. Michel Tardif le confirme : « Toutefois 12 familles n’ont pu être associées à un rang ou un lot : Francis Chartrand, Antoine Denis, François Guénette, Maxime Guindon, Hyacinthe Labre, Léon Ouellette, Désirée Périllard, Felix Proulx, André Quesnel, Antoine Quesnel, Émerie Sabourin, Zacharias Whissel. » [30]

 

Après le recensement de 1861, il devient très difficile de trouver des éléments d’histoire. Michel Tardif écrit : « Malheureusement, le décret d'érection de la municipalité ainsi que le premier livre des minutes du conseil municipal ont été détruits dans l'incendie des archives du Conseil de comté d'Ottawa, en 1875. C'est donc à partir des renseignements du deuxième livre des minutes (mai 1863) que l'on sait que le premier conseil municipal était constitué du maire Felix Proulx et des conseillers Hubert Séguin, Frédéric Séguin, François Deguire dit Larose, Olivier Chartrand, John Hughes et Jacques Neveu. » [31] On remarquera l’influence du conseil municipal sur les décisions concernant le développement du rang iv : Hubert Séguin, qui est devenu propriétaire la même année du lot 32; Louis Frédéric Séguin, qui est cousin au 2e degré d’Hubert Séguin et qui occupe un lot du rang iv; François Deguire avait 35 ans au recensement de 1861 et n’était pas marié; il a obtenu ses lettres patentes du lot 50 du rang iii en 1872; Olivier Chartrand, fils de François et Marie Anne Boreman, localisés dans le rang v, est originaire de Saint-Vincent de Paul de Laval; John Hughes, marié le 12 octobre 1857, à Sainte-Marthe de Vaudreuil, avec Aurélie Robineau; Jacques Neveu est établi dans le rang iv.

De nouveau, les paroissiens réagissent et affiche leur opposition à l’emplacement choisi pour la chapelle. En février 1866, le curé Boucher décide à une assemblée de paroissiens, de construire une église, un presbytère et une école, et de réserver un emplacement pour un cimetière, sur une partie du le lot 28, donné par Michel Landriault. C’est autour de l’église que le village prendra forme.

Le 16 janvier 1864, le notaire Hyacinthe Noé Raby se rend chez Félix Proulx pour la rédaction de son testament. Il est accompagné de deux témoins : Emile Quesnel, marchand de la paroisse Saint-André-Avellin et François Daoust, meunier demeurant dans le township de Hartwell. Il est indiqué dans ce testament que Félix Proulx est malade de corps mais sain d'esprit, mémoire, jugement et entendement, ainsi qu'il est apparu aux dits Notaire et témoins, par ses discours et entretiens, nous ayant même requis en sa demeure pour l'effet des présentes. A fait dicté et nommé mot a mot au dit notaire en présence des témoins son testament et ordonnance de dernières volontés. Parmi ses volontés, Félix demande que ses dettes soit le plus tôt possible (en renvoi : après mon décès) payées par mon Exécutrice Testamentaire ci-après nommée. (…) Je donne et lègue à chacun de mes Enfants, dans le cas que leur mère convolerait en secondes nôces, la somme de cinquante piastres, courant, qui sera payé à chacun d'eux aussitôt parvenu à leur majorité ou pourvu par mariage, par mon exécutrice Testamentaire ci après nommée, dans le cas, ci dessus citée (en renvoi : de plus je donne et lègue a mesdits enfants la créance que j'ai contre Hyacinthe Proulx mon père, pour par eux en jouir et disposer en toute propriété et jouissance les instituants a cet effet mes légataires particuliers). (…) Je veux et ordonne a mon Exécutrice Testamentaire ci après nommée de donner et accorder le délai que lui demandera Hyacinthe Proulx, mon père pour le remboursement de tout ce qu'il peut me devoir tant en capital qu'en intérêt et frais, mais ce délai n'empêchera pas mon Exécutrice Testamentaire d'exercer la poursuite et d'obtenir jugement devant aucune Cour de justice pour le recouvrement des sommes que peut me devoir mon dit père, mais je veux que l'exécution de tel jugement soit suspendu jusqu'au décès de mon susdit père et de Dame Rose Baulne (en renvoi : ma mère). (…) Je donne et lègue à Olympe Labre ma bien aimée épouse tous les biens meubles et immeubles qui m'appartiendront au jour de mon décès, à quelques somme que le tout puise se monter (en renvoi : et consister valoir) en quelqu'endroits que letout puisse se trouver assis dû et situé sans en rien réserver, ni excepter, pour en jouir et disposer en toute propriété et jouissance, l'instituant a cet effet ma légataire universelle, mais à la charge d'accomplir les legs et conditions ci dessus si le cas y échet. (…) Je veux et ordonne que ma légataire universelle ne puisse pas disposer des immeubles que je lui ai légué sans assurer, auparavant par hypothèque ou par remploi, le legs ci-dessus fait à mes enfants, ou en laissant entre les mains de l'acquéreur une somme assez forte pour accomplir celegs, afin qu'il puisse toujours être exécuté si le cas y échet. (…) Je nomme et choisis pour mon exécutrice Testamentaire la personne de ma dite Epouse Olympe Labre que je prie de me rendre a service (…).

 

Malade et ne voulant pas laisser certaines transactions inachevées à son épouse Olympe Labre, Félix Proulx entreprend le 30 mars 1864, auprès du notaire François Samuel Mackay (no 2955), la préparation d’un acte de vente par François Brazeau, père et fils, pour Félix Proulx. Le contenu de cet acte permet d’identifier comment Félix s’est procuré la terre pour y construire les moulins. La vente comprend un lopin de terre sis et situé au dit lieu de Ripon, à prendre et distraire du Lot numéro Trente un, du quatrième rang au dit Township, étant ledit Lopin de terre, de figure irrégulière et contenant un acre et vingt et une perches de terre en superficie, le tout conformément au procès verbal d'arpentage, rendu par Mtre Edouard Leduc, Arpenteur Juré le 18 mars 1837 (renvoi : borné tel qu'y mentionné) auquel terrain se trouve maintenant une petite maison de bois y érigée. Ainsi que le tout se poursuit, comporte et étend de toutes parts, circonstances et dépendances, que le dit acquéreur dit bien savoir et connaître pour l'avoir vu et visité, dont il est content et satisfait, sans aucune réserve par les dits vendeurs auquels le lopin de terre appartient pour l'avoir vu avec plus grande étendue d'Amable Brazeau, acte en faveur du dit François Brazeau père, vendeur le 17 août 1863, devant Mtre J. N. Roussel notaire et confrère (renvoi : Il est à remarquer que ledit François Brazeau père aurait fait Donation de tout ce qu'il possèdait au susdit Lot numéro Trente un du dit quatrième rang de Ripon antérieurement à la passation du dit dernier acte desserné audit Amable Brazeau sous la foi de la passation du même - mentionnons néanmoins réserve en faveur du présent acquéreur du terrain ci-dessus décrit et vendu).

 

C’est à ce niveau de mes recherches que je comprends que les lots 30 et 31 appartenaient distinctement à deux frères Brazeau : Louis et François, fils de Jean Baptiste Brassault et Archange Campault qui se sont mariés le 9 février 1789 à Saint-Michel de Vaudreuil. Louis occupa le lot 30 et François le lot 31. Louis Brazeau obtient son billet de location pour lot 30 du rang IV le 1er août 1855. Toutefois, dès l’année suivant le 13 mars 1856, Louis fait préparer un acte de donation du lot 30 à ses deux fils, Amable (alors âgé de 22 ans) et Louis Nicolas (âgé de 17 ans). À ce moment, et cet acte de 1856 le confirme, Amable Brazeau possède le lot voisin (no 31) : Il est aussi de convention que ledit Amable Brazeau et ses ayant causes n'auront qu'un tiers du Lot [30] ci-dessus donné tant de front que de la profondeur a prendre ledit tiers dans la ligne qui sépare un autre lopin de terre que possède au même lieu ledit Amable Brazeau, voisin du dit Lot numéro trente ensorte que les deux lopins de terre se tiendront lesquel terres il n'y a point de bâtisses (…). Amable aura vendu le lot 31 à son oncle François Brazeau le 17 août 1863, devant le notaire Joseph Napoléon Roussel.

 

Toujours selon l’acte du 30 mars 1864 concernant la vente du lot 31 en faveur de Félix Proulx, on mentionne que ce dernier est en possession du lot depuis sept ans selon une entente conclue devant le notaire Alfred T. Gibeau en 1857 : Pour dudit lopin de terre et dépendances, en jouir, user, faire et disposer par le dit acquéreur ses hoirs et ayant cause, en tout propriété, en vertu des présentes, Le dit acquéreur en étant déjà en possession depuis plus de sept ans en vertu d'un certain acte ou marché reçu devant peu Mtre A. T. Gibeau (t au lieu du b), notaire et confrère en l'année mil huit cent cinquante sept. Cette vente, cession, transport et délaissement ainsi fait à la charge causes conditions servitudes et réserves portées avec lettres patentes (...) plus tard pour le dit lot numéro Trente-un dudit quatrième rang au dit Township que l'acquéreur est autorisé pour les présentes à prendre aulieu et place desdits vendeurs ou de leur donner, sinon celui des deux qui les obtiendra, en donnera (...) titre plus tard, de besoin au dit acquéreur ou ayant cause, aux frais et depens de ces derniers; Et en outre pour moyennant trente piastres argent courant de cette province que le dit Brazeau père pour (...) leurs reconnait et confesse avoir eu et reçu du dit acquéreur longtemps avant ce jour dont quittance générale et finale. Ainsi, on peut affirmer que Félix et sa famille se sont établis à Ripon en 1856 sur le lot 32 avec la famille de ses beaux-parents. Puis il aura fait une entente avec les voisins du lot 31 pour utiliser un terrain sur l’île de la rivière Petite-Nation située sur le même lot afin d’y construire un moulin. Pourquoi ne pas avoir acheté le lot au moment de cette entente? Amable Brazeau n’avait pas les lettres patentes qui lui auraient permis d’être propriétaire et avoir les droits de vendre le lot. On se rappellera que le village de Ripon est proclamé canton en mai 1855, et que des billets de location de terre ont été émis.

 

Le même jour où Félix Proulx a fait préparer l’acte de vente du lot 31 en sa faveur, soit le 30 mars 1864, il hypothèque le terrain acquis auprès du même notaire François Samuel Mackay (no 2956). Selon l’acte notarié, Félix Proulx acknowledged himself to be justly indebted, unto Mre Donald A. Cameron, of the Parish of Ste Angélique, in the said District, also Grader in the sum of four hundred & sixty Dollars, currency of Canada, for value received by the Debtor from Creditor before the passing hereof; wherewith said Debtor is content and satisfied. Which sum, said Debtor promise, bind, and obliges himself his heirs and assigns, to pay to the said Creditor, present and accepting thereof, for himself his heirs or assigns, in three years from this day with interest at the rate of ten per centum per annuity, reclaiming from this day until paid. And for security thereof, said Debtor do & hereby specially affect, charge and hypothecate the following pieces & parcels of land, his property, some of which were distrained & formed part formerly, of lot numbered thirty one in the fourth range of lots of the said Township of Ripon. C’est probablement pour mieux respecter ses dernières volontés que Félix emprunte la somme de 460 dollars auprès de Donald A. Cameron. [34] L’acte précise les deux sections de terre hypothéquées : And for security thereof, said Debtor do & hereby specially affect, charge and hypothecate the following pieces & parcels of land, his property, some of which were distrained & formed part formerly, of lot numbered thirty one in the fourth range of lots of the said Township of Ripon save nevertheless that part of (...) land, which lies just opposite the same lot of land, nes does not form part of the same and the piece or parcel of land which formed part of block O. in the said fourth range of said Township (...) Two certain pieces of parcels of land forming part formerly ofsaid Lot number Thirty one, in the fourth range of Lots of Ripon, contiguous come another, & containing Six superficies one acre, one rod & thirty five perches, including the river of Petite Nation, according to the procès-verbal of survey of the same, rendered by Mtre Edouard Leduc, sworn surveyor , on the eighteenth of March 1857, bultee & Bornded as followes, as stated in the said procès-verbal, drawn in the french language : partant d'un point sur la Rivière Petite Nation j'ai tiré & jalonné une ligne sur le rumb de vent N.65o E. Magn soixante & huit mailles où j'ai planté une borne de pierre avec des morceaux de fayance dessous puis continuant, jusqu'à l'intersection de la ligne sud du chemin public ou j'ai planté une autre borne de pierre tel que la 1ere pierre chainés et soixante (a été rayé : mailles et huit mailles) et huit mailles de la rivière et à une chaine quatre vingt mailles de la ligne ouest du lot (a été rayé : numéro) no. 32 en suivant la direction N. 33o 30' E. Magn. et d'où tournant sur le rumb de vent S, 33o 30' O. Magn. en suivant la ligne sud dudit chemin j'ai tiré et jalonné une ligne de deux chaines quatrevingts trois mailles au bout de laquelle j'ai planté une borne de pierre tel que les précédentes (...) courant sud. Le rumb de vent S. 120 O. J'ai tiré et jalonné une autre ligne de deux chaines quatre vingt onze mailles de long, au bord de laquelle j'ai planté une quatrième borne de le rumb de vent S. 35o O Magn. J'ai tiré et jalonné une ligne jusqu'à l'intersection de la ligne de Division entre Amable et François Brazeau à la distance de une chaine quatrevingts dix mailles, au point d'intersection j'ai planté une cinquième borne de pierre tel que les précédentes puis continuant sur le même rumb de vent j'ai prolongé la dite ligne sur le terrain d'Amable Brazeau jusqu'à l'intersection de la rivière Petite Nation à la distance de deux chaines trente quatre mailles sur laquelle j'ai planté une sixième borne de pierre avec des morceaux de fayance dessous à quatrevingt dix mailles de la dite rivière auprès de chacune des dites bornes plantées conformément à la loi j'ai érigé des poteaux de cèdre. Telles lignes et bornes renferment avec la dite rivière un lopin de terre de la contenance de un acre, un rod et trente cinq perches en superficie. The said pieces of land were sold to the said debtor partly by Amable Brazeau, by verbal sale & partly by François Brazeau senior, as pursued before the late A.T. Gibeau & collegues Notaries, in the year one thousand eight hundred & fifty seven, which first sale, that of Amable Brazeau, was enterdmently ratified & (a été rayé : approved by) legalized by a deed of sale granted in his favor, by  P. Grégoire Aubry, who (...) the whole of the sale to Amable Brazeau's share in the said lot number thirty one of said (a été rayé : range) fourth range, Deed of receiving before J.N. Roussel & collegues, Notaries, on the 21 July 1862; & the second sale on that of François Brazeau senior, to the said Debtor, (a été rayé : by both) was also satisfied & approved by the former & his son François Brazeau, Junior, the now propriety of (a été rayé : the said) this said father's share in same lot number thirty one, as per Deed of sale by them both consented, to the said Debtors, this day, deed receiving by the undersigned Notaries; upon which (a été rayé : 2dly Another piece) pieces of land, a grist mill with one rim of stone, and a small dwelling house, of wood, are erected. 2dly. Another piece or parcel of land (...) at the same place, forming part of Block O. of said fourth range of lots of said Township of Ripon, containing a borne of five arpents in superficies which the said debtor bought from one Hyacinthe Labre, of the said Township, after deed receiving before the said late A.T. Gibeaut collegue, Notaries, on the 6 of September 1858 & described & designated in the latter deed (a été rayé : as f) in the french language, as follows : un morceau de terre (mot rayé) faisant partie du Block O. quatrième rang du Township de Ripon et désigné comme suit à partir à un point sur la Rivière Petite Nation à l'endroit ou le dit Lot touche la ligne seigneuriale, à aller jusqu'à la borne de la monté (a été rayé : qui) conduisant à la côte St Pierre fesant à peu près cinq arpents de long, sur deux arpents de profondeur en très quarré (?) avec la ligne seigneuriale, tenant devant à la rivière Petite Nation derrière & des deux cotés audit vendeur; Without any buildings thereon erected. 3dly. Part of an Island in the said Township of Ripon, which lies in the said Petite Nation River, between the Seignory of La Petite Nation and the said Lot number thirty one, in the said Township of Ripon & just opposite the two pieces or parcels of land in the first place above described, & as the whole Island is more amply (mot rayé) seen in a figurative plan of that part of the Township of Ripon, including the said Lot number thirty one of the fourth range of the said Township of Ripon, frame (?) and prepared by the said Edouard Leduc, swornsurveyor on the 18 of March 1857; that part of the said Island, containing, according (mot rayé) to the survey (a été rayé : of the same, made of the) (...) by the said Leduc, (a été rayé : 18 March 1857) three acres & three roods; upon which part of Island, a saw mill, a dwelling (mot rayé) house (a été rayé : & a stable, all of wood, woo thereon erected) which the said debtor & his family occupy, & a stable, all of wood, thereon erected.

 

Felix a été maire probablement jusqu’à la fin de 1863. Il est mort le 3 mai 1864 à l’âge de 47 ans. On ne connaît pas la cause de son décès mais le testament nous apprend qu’il est malade depuis plusieurs mois : Fait et passé dans le Township de Ripon dans la demeure du Dit Testateur, dans sa chambre à coucher située au milieu de la maison, le seizième jour du mois de janvier mil huit cent soixante quatre sur la sixième heure de l'après midi (…). Fait singulier, le registre de Saint-André-Avellin indique la sépulture à deux reprises. Selon le premier acte, le décès serait survenu un an plus tôt : Le vingt trois mai mil huit cent soixante trois nous curé soussigné avons inhumé dans le cimetière de cette mission le corps de Felix Proulx ex maire (époux de Olimpe Labre) décédé à Ripon le vingt et un du courant à l'âge de quarante six ans. Étaient présents Hubert Séguin cultivateur et Antoine Sabourin aussi cultivateur qui ont déclaré ne savoir signer. (quatre mots en renvoi croisé) C. Guillaume, ptre. Le deuxième acte se lit comme suit : Le quatre mai mil huit cent soixante quatre nous curé soussigné avons inhumé dans le cimetière de cette mission de Ripon le corps de Felix Clément Proulx cultivateur domicilié au même lieu et décédé le trois du courant à l'âge de quarante cinq ans environ. Étaient présent Hubert Séguin et François Brazeau cultivateurs qui ont déclaré ne savoir signer. C. Guillaume, ptre. Or, c’est le deuxième acte qui est le bon. Ce genre d’erreur est plutôt rare dans les registres.

Olympe, alors âgée de 31 ans, se retrouve chef de famille de sept enfants âgés de 1 an à 13 ans. Il semble qu’elle ait continué à exploiter le moulin. « En novembre 1864, elle épouse en secondes noces Hercule Chéné. Dans un procès-verbal du conseil municipal de Ripon Hartwell du premier octobre 1866, on fait mention du moulin à farine du Sieur Hercule Chéné. Ce dernier sera conseiller et ensuite maire de Ripon de 1866 à 1868. » [35]

 

De cette seconde union, un enfant a été répertorié :

Emmauel Chénier, né le 22 décembre 1866 et baptisé le premier janvier 1867 à Saint-Casimir de Ripon.

 

Vers 1871, ce sont les frères Joseph et Élie Joubert qui prendront en charge les installations des moulins à farine et à scie. Olympe est décédée à l’âge de 50 ans le 10 octobre 1883 et a été inhumée le 13 octobre 1883 dans le cimetière de la paroisse Saint-Félix-de-Valois à Chénéville.

 

 

 

 

[19] Livre souvenir de Sainte-Justine-de-Newton 1855-1980, Le Comité central des fêtes du 125e anniversaire.

 

[20] Histoire de Montebello 1815-1928, Abbé Michel Chamberland, Imprimerie des Sourds-Muets, 1929.

 

[21] SÉGUIN-THÉRIAULT, Yvette, Les familles pionnières de Ripon,  site Internet du Comité du patrimoine de Ripon, selon http://www.patrimoineripon.com/patrimoine_familial.html. Consulté en septembre 2017.

 

[22] SOUCY, François-Régis, À la recherche des familles pionnières : recensement de 1851, article paru dans L’Écho des montagnes, bulletin du Comité du patrimoine de Ripon, avril 2011, vol. 2, no 1, p. 12.

 

[23] Ibid. vol. 2, no 1, avril 2011, pages 9-13.

 

[24] Le site web du Comité du patrimoine de Ripon donne des détails intéressants sur les familles recensées en 1851 et 1861 et celles qui ne l’ont pas été, au http://www.patrimoineripon.com/patrimoine_familial.html. Consulté en septembre 2017.

 

[25] TARDIF, Michel, Occupation du territoire en 1861, article paru dans L’Écho des montagnes, bulletin du Comité du patrimoine de Ripon, avril 2011, vol. 2, no 1, p. 17.

 

[26] Ripon, j’ai la couleur d’une rivière, 1865-2015, Collectif d’auteurs sous la direction du Comité du patrimoine de Ripon, 2014, page 39.

 

[27] Ibid.

 

[28] TARDIF, Michel, Occupation du territoire en 1861, À la recherche des familles pionnières : recensement de 1851, article paru dans L’écho des montagnes…, le bulletin du Comité du patrimoine de Ripon, vol. 2, no 1, avril 2011, pages 18-19.

 

[29] SÉGUIN-THÉRIAULT, Yvette, op.cit.

 

[30] TARDIF, Michel, Occupation du territoire en 1861, À la recherche des familles pionnières : recensement de 1851, article paru dans L’écho des montagnes…, le bulletin du Comité du patrimoine de Ripon, vol. 2, no 1, avril 2011, pages 18-19.

 

[31] Ripon, j’ai la couleur d’une rivière, 1865-2015, Collectif d’auteurs sous la direction du Comité du patrimoine de Ripon, 2014, page 39.

 

[32] Ripon, j’ai la couleur d’une rivière, 1865-2015, Collectif d’auteurs sous la direction du Comité du patrimoine de Ripon, 2014, page couverture (carte postale du Moulin à Joubert, coll. Comité du patrimoine de Ripon).

 

[33]  Selon le site https://fr.wikipedia.org/wiki/Rivi%C3%A8re_de_la_Petite_Nation. Consulté en septembre 2017.

 

[34] C’est ce même Donald A. Cameron qui se porta acquéreur de parcelles de terre dans le canton de Lochaber en 1875 avec John A. Cameron et Thomas Cole, des marchands de bois de Sainte-Angélique. Avec Thomas Cole, il était responsable du moulin à scie, à farine et à carder au North Nation Mills dans la paroisse Sainte-Angélique.

 

[35] SÉGUIN-THÉRIAULT, Yvette, Les familles pionnières de Ripon, sur le site du Comité du patrimoine de Ripon, au http://www.patrimoineripon.com/patrimoine_familial.html. Consulté en septembre 2017.

 

 

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