Félix Proulx dit Clément, pionnier inconnu de Ripon (deuxième partie)


Felix Proulx dit Clément, de l’Île Bizard, en passant par Newton, puis Rigaud, jusqu’à Ripon

Felix Proulx aura vécu son enfance à l’Île Bizard jusqu’à l’âge de 15 ans puisqu’en 1832 son père vendit la terre pour aller s’établir à Saint-Hermas, près de Chatham, du côté nord de la rivière des Outaouais, à la hauteur d’Hawkesbury.

Le 17 mars 1838, son père lui vend un lopin de sa terre. Il réside alors avec ses parents. Vers la fin des années 1830, Felix a probablement été tenté par les chantiers au nord-ouest du canton de Newton puisque à son mariage en 1849, il résidait dans cette localité. Ce canton, situé au sud-ouest de Sainte-Marthe de Vaudreuil, connaît depuis les années 1820 un boom démographique : des Écossais du comté de Glengarry s’installent à l’extrémité sud-ouest du canton, qu’on nommera Péveril; « vers le même temps, les jeunes gens de Vaudreuil entament la forêt du côté nord-ouest. Ils se construisent des petites huttes ou cabanes qui leur servent de demeures. Leurs provisions consistent en un peu de farine, de lard et le produit de leur chasse. Leur occupation principale est d’abattre des arbres, de les réduire en cendres et d’en tirer de la potasse. Leur existence semble être ignorée du reste des hommes. Bientôt, quelques amis viennent les rejoindre, des familles entières s’y transportent et en peu d’années, la population devient assez considérable pour faire donner à leur coin de canton le nom de Grand-Chantier petit village qui s’étend depuis le premier rang jusqu’au troisième rang sur une largeur variable ne dépassant pas une trentaine d’arpents ayant pour centre cette lisière de terre ajoutée en 1811 au canton de Newton et déversant un peu de chaque côté. Ste-Marthe et Ste-Anne-de-Prescott en font partie. Ce coin est appelé Mongenais un peu plus tard. On peut y compter jusqu’à une cinquantaine de maisons bâties sans aucun souci de l’architecture. » [19] C’est probablement à Newton que Felix rencontra son futur beau-frère, Joseph Joanisse Depocas, qui épousa sa sœur Zoé Proulx en 1845 à Saint-André d’Argenteuil; on retrouvera ce Joseph Joanisse et son épouse au recensement de Newton, en 1851. De plus, c’est aussi à Newton que Felix rencontra la famille Decœur : David et Luce Decœur seront les parrain et marraine de sa fille Virginie, baptisée en 1852 à Sainte-Madeleine de Rigaud.

Felix épouse, à l’âge de 32 ans, le 20 août 1849, à Sainte-Marthe de Vaudreuil, Olympe Labre, âgée de 16 ans, née le 25 mars 1833, à Rigaud, fille d’Hyacinthe et Cléotilde Clophée Séguin. Voici le texte de l’acte : Le vingt août mil huit cent quarante neuf après la publication de trois bans de mariage faite au prône de nos messes paroissiales entre Felix Proulx de Newton menuisier fils majeur de Hyacinthe Proulx cultivateur et de Rose Baulne de Masham d'une part, et Olympe Labre fille mineure de Hyacinthe Labre cultivateur et de Cloffé Séguin de Rigaud, d'autre [part] pareille publication ayant été faite à Rigaud, et ne s’étant découvert aucun empêchement au dit mariage auquel les parents respectifs ont consenti nous curé soussigné [5 mots illisibles] curé de Rigaud avons reçu leur mutuel consentement de mariage et leur avons donné la bénédiction nuptiale en présence de Emery Chevrier servant de père à l’époux et Joseph Joannis beau frère de l’époux de Hyacinthe Labre père de l’épouse de Leocadie Labre mere de l’épouse qui ainsi que les époux n’ont su signer. Martineau, ptre. Sept enfants ont été répertoriés de l’union de Félix Proulx et Olympe Labre :

  1. Marie Auxilie Proulx, née et baptisée le premier juin 1850, à Sainte-Madeleine de Rigaud : Le premier Juin mil huit cent cinquante par Nous Prêtre soussigné a été baptisée Marie Auxilie née le même jour du légitime mariage de Felix Proulx, cultivateur et d'Olympe Labre, de cette paroisse. Le parrain a été Hyacinthe Labre et la marraine Zoé Proulx qui ainsi que le père présent ont déclaré ne savoir signer. S.P. Desautels, ptre. La marraine, Zoé Proulx, comme nous l’avons vu, est la sœur de Felix; elle avait épousé Joseph Joannis Depocas le 28 juillet 1845 à Saint-André d’Argenteuil. Ce Joseph Joannisse figurait dans le recensement de Newton en 1851 : Joseph Joanisse est cultivateur, originaire de Grand-Brulé, et a alors 45 ans, et Zoé Proulx, originaire de l'Île Bizard, qui en a 28. Puis on retrouve Auxilie au recensement de Ripon, en 1851 : elle a alors un an. On la retrouve à nouveau au recensement de Ripon en 1861 : Oxille a alors 10 ans. Elle s’est mariée le 29 mai 1869 à l’église Saint-Casimir, à Ripon, avec Julien Brayer dit Saint-Pierre (les parents ne sont pas mentionnés dans l’acte).

  2. Virginie Proulx, née le 17 février 1852 et baptisée à Sainte-Madeleine de Rigaud : Le dix huit février mil huit cent cinquante deux Nous Prêtre Soussigné avons baptisé Virginie née hier matin du Légitime mariage de Felix Proulx cultivateur de cette paroisse et d'Olympe Labre. Parrain David Decœur, marraine Luce Decœur qui ont déclaré ne savoir signer. Le père a signé. Felix Proulx, Jos. Seguin, ptre. Les Decœur sont de Newton. Puis on retrouve Virginie au recensement de Ripon en 1861 : Mary (certainement Virginie) a alors 8 ans. Elle s’est mariée le 17 juin 1872, à l’église Saint-Casimir, à Ripon, avec Cléophas Legault, fils de Jacques et Adélaïde Leblanc.

  3. Dolphus Proulx, né en 1853 ou 1854, à Rigaud. Aucune trace de lui dans les registres de la paroisse Sainte-Madeleine, qui sont en mauvais état. On le retrouve au recensement de Ripon en 1861 : il a alors 7 ans.

  4. Rose de Lima (Delima) Proulx dit Clément, née le premier juin 1856, à Ripon, et baptisée à Saint-André-Avellin, le même jour : Le premier juin mil huit cent cinquante six nous soussigné curé avons baptisé Rose de Lima née le même jour du mariage légitime de Felix Proulx menuisier et de Olympe Labre de cette paroisse. Le parrain a été Damase Lague et la marraine Flavie Labre qui ont déclaré ne savoir signer. Le père a signé avec nous. Felix Proulx, J. David. On la retrouve au recensement de Ripon en 1861 : Délima a alors 4 ans et est dite originaire de Saint-André-Avellin. Au recensement d’Ottawa, dans Victoria Wards (les Plaines Le Breton) en 1871, on retrouve Delima Clement, une couturière de 17 ans, qui vit avec la famille d’Aug. Fauteux, journalier de 44 ans et son épouse Matilda, 37 ans, ainsi que leurs trois enfants. Elle s’est mariée le 17 août 1879, à l’âge de 22 ans, à la basilique Notre-Dame d’Ottawa, avec Georges Marion, âgé de 23 ans, fils de Louis et Julie Lebel. Georges est né le 6 octobre 1855 (mais on lit1854 sur la stèle funéraire). On retrouve le couple au recensement d’Ottawa en 1881 : Georges a alors 24 ans et Délima, 23; leur fils Napoléon a 3 mois. On trouve également dans ce recensement la mère de Georges, Julie Marion, veuve, qui a alors 55 ans, ainsi que ses frères Louis, 23 ans, et Nelson, 16 ans. La famille était à Saint-André-Avellin en 1891 : Georges a alors 35 ans et Délima 33. Puis ils sont à Ottawa en 1901 : Georges a alors 45 ans et Délima 40. Ils ont ensuite habité à Hull puisqu’on les retrouve au recensement en 1911 : George a alors 56 ans et Délima, 53. On les retrouve de nouveau en 1921 au recensement de Hull : Geo, ouvrier, a alors 66 ans, et Délima en a 64. Délima est décédée en 1930, à l’âge de 73 ans, à Hull; elle a été inhumée en 1930, au cimetière Notre-Dame de Hull. Georges est décédé en 1932, à l’âge de 77 ans, à Hull.

  5. Rose Proulx, née en 1858 à Ripon et baptisée à Saint-André-Avellin. On la retrouve au recensement de Ripon en 1861 : Rose a alors 3 ans. Elle s’est mariée le 28 avril 1881 à l’église Saint-Casimir de Ripon avec Alfred Rochon, fils de Moïse et Angèle Proulx, né en 1858.

  6. Napoléon Proulx, né le 2 août 1861, à Ripon, et baptisé le lendemain, à l’église de Saint-André-Avellin. Le texte du registre se lit ainsi : Le trois août mil huit cent soixante et un, nous curé soussigné avons baptisé Joseph Napoléon né le deux du courant du légitime mariage de Felix Proulx meunier domicilié à Ripon et Olympe Labre. Le parrain a été Benjamin Ouimet cultivateur et la marraine Marie St-Denis qui, ainsi que le père, ont déclaré ne savoir signer. C. Guillaume, ptre. Il s’est marié avec une dispense du quatrième degré de consanguinité, le 22 août 1882, à l’église Saint-André-Avellin, avec Suzanne Émilia Denis, fille d’Antoine Narcisse et Henriette Dion.

  7. Joseph Adrien Clément dit Proulx, né le 28 septembre 1863, à Ripon, et baptisé à Saint-André-Avellin. Il s’est marié v.1883 avec Pomela Saint-Denis, probablement à Hull. Il est décédé à l’âge de 24 ans le 21 novembre 1887, selon les registres de Notre-Dame-de-Grâce de Hull.

Le couple s’établit à Rigaud, cohabitant ou vivant près des parents d’Olympe, selon le recensement de Rigaud en 1851. Effectivement, on y retrouve Hyacinthe Labre, cultivateur originaire de Rigaud, 50 ans, avec son épouse Cléophé Séguin, 43 ans, ainsi que leurs enfants Flavie (8 ans) et Rose (7 ans). Avec la famille d’Hyacinthe, il y a celle de son gendre, Felix Proulx, menuisier originaire de Sainte-Geneviève, âgé de 33 ans, et son épouse Olympe Labre, originaire de Rigaud, âgée de 18 ans, ainsi que leur fille Auxilie, âgée d’un an. De plus, un acte de cession par H. Labre à F. Proulx a été préparé le 13 mars 1850 par le notaire Martin Georges Baret (no 238).

Le frère de Cléophée Séguin (la belle-mère de Félix), Hubert Séguin, obtient une concession le 23 mars 1852 à Ripon, préparée par le notaire Martin Georges Baret. Au recensement de Ripon, en 1851, on retrouve Hubert Séguin, cultivateur âgé de 63 ans, son épouse Mad Hubert Séguin, 48 ans, ainsi que leurs enfants Damase (22 ans), Appoline (16 ans) et Olemine Davis (9 ans). C’est à cette époque que Hyacinthe Labre et Cléophée Séguin vendent leur terre de Rigaud pour aller s’établir à Ripon. Le 3 août 1853, Hyacinthe Labre vend sa terre de Rigaud à Jean Baptiste Vachon (notaire Clet Raizenne, nos 1213 et 1216). Par la suite, on le voit s’installer sur la terre de son beau-frère Hubert Séguin.

Le 25 novembre 1853, trois actes consécutifs ont été enregistrés par le notaire Théophile-Romual Bergeron, du district judiciaire de Montréal (nos 55-56-57) sur des transactions concernant Félix Proulx.

L’acte no 55 traite de la vente à Félix Proulx d’un lopin de terre situé au sud de la côte Sainte-Madeleine à Rigaud par Hyacinthe Labre, son beau-père. Cette terre fait partie du lot 28 côté est d'icelle, contenant le dit lopin de terre un arpent de front sur vingt cinq arpents de profondeur tenant par devant au chemin de base par derrière au (a été biffé terrain non) continuations appartenant à Jean Baptiste Vachon, d'un côté à Moïse Major et de l'autre côté aux dits vendeurs avec une maison et une boutique dessus construites. Ainsi que le tout se poursuit et comporte circonstances et dépendances que le dit acquéreur a dit bien savoir et connaitre pour l'avoir vu et visité en est content et satisfait auquels vendeurs le dit terrein et la dite terre dont il fait partie appartiennent en jouissance et en usufruit pendant leur vie Durant seulement suivant un certain acte de donation que le Sieur Jean Baptiste Labre et Dame Françoise Cholette, son épouse, père (je est rayé) et mère du dit Sr comparant, lui ont consenti devant Me Alex Raizenne et confrère Notaire en date des jour et an y contenus. Cette terre appartenait auparavant aux grands-parents d’Olympe Labre, épouse de Félix Proulx. Cette terre fut vendue pour le prix et somme de dix huit livres, cour actuel de cette Province que les dits vendeurs reconnaissent avoir eu et reçu du dit acquéreur dès avant ces présentes, en sont contens et satisfaits et lui donnent bonne et valable quittance générale et finale.

L’acte no 56 concerne une dette envers Jean Baptiste Mongenais, Ecuier, Membre du Parlement Provincial, demeurant en la dite paroisse de Ste Magdeleine de Rigaud, à ce présent et acceptant créancier : une somme de cinquante livres, cours actuel de cette Province pour valeur reçue ce jour dont (la dite Dame dites est rayé) dits débiteurs disent être contens et satisfaits laquelle somme de cinquante livres, susdit cours, les dits débiteurs ont promis et promettent conjointement et solidairement payer au dit Sr créancier ou au porteur des présentes en deux paimens égaux de chacun vingt cinq livres, même cours, le premier desquels deviendra dû et échu dans le cours du mois d'Octobre l'année prochaine et le second aussi en Octobre de l'année suivante que l'an comptera mil huit cent cinquante cinq, termes préfix à peine sc. avec intérêt à compter de ce jour. En garantie, Félix soumet un terrain qu’il possède à Newton incluant les moulins à scie. De son côté, Olympe soumet la terre familiale que le couple vient d’acquérir le jour même. De plus, certainement pour aider son gendre dans ses projets, Hypolithe Labre intervient dans la transaction et s'est volontairement rendu et constitué caution des dits débiteurs envers le dit Sr créancier pour la susdite somme de cinquante livres susdit cours actuel, et s'est obligé solidairement avec eux lui seul pour le tout, au paiment de la dite somme dans le temps ci-dessus marqué, faisant son propre fait de la dite dette, comme principal débiteur et seul obligé.

Le troisième acte no 57 concerne l’achat de la partie de son associé, Joseph Despocas dit Joannisse, de la terre de Newton comprenant le moulin à scie. Premièrement : tous les droits, jouissances et prétentions qu'il a ou peut avoir (a été rayé : sur un lopin de terre en commun avec le dit Sr Félix Proulx), sur un lopin de terre situé dans le dit Township de Newton de la contenance d'un arpent en superficie, qui devra s'étendre (a été rayé : d'un moulin à scie touchant au dit terrein) depuis et à partir d'une distance de dix huit pieds de la maison du dit vendeur en largeur jusqu'à la ligne qui borne le terrein de Frs Xavier Jeannot, et sur la profondeur la distance qu'il faudra depuis et à partir d'un moulin à scie jusqu'à la profondeur qu'il faudra pour farmer la superficie du dit arpent. deuxièment tous les droits, jouissances et prétentions qu'il a ou peut avoir en un certain moulin (renvoi indique : à scie) situé dans le dit Township de Newton, sur une petite rivière, tenant au terrein ci-dessus cédé, et que le dit Sr vendeur tient et possède en commun avec le dit Sr acquéreur, se désistant en conséquence de tout ce qui peut lui appartenir comme commun avec le dit Sr acquéreur dans le susdit moulin et de tout ce qui peut y avoir rapport, et nommément d'une des scies dudit moulin autre que celle actuellement y employé, de la contenance le dit moulin à scie de quarante pieds sur trente avec ses planchers tel qu'ils s'y trouvent aujourd'hui. Ainsi que le tout se poursuit et comporte circonstances et dépendances que le dit acquéreur a dit bien savoir et connaître pour l'avoir vu et visité en est content et satisfait auquel vendeur le dit terrein appartient en jouissance comme l'ayant eu de Bruneau Jeannot fils. La vente a été conclue pour et moyennant le prix et somme de cinquante livres, cours actuel de cette Province que le dit vendeur reconnait avoir eu et reçu ce jour du dit acquéreur en est content et satisfait et (est rayé : en don) lui en donne bonne et valable quittance générale et finale.

Le 3 janvier 1855, Félix Proulx, alors résidant de Rigaud, vend à Benjamin et Gédéon Cardinal, résidants de Newton, un lopin de terre situé dans le dit Township de Newton, de la contenance d'un arpent en superficie s'étendant en largeur depuis et à partir de dix huit pieds de la maison connue comme appartenante à Joseph Despocas dit Joanis et actuellement occupé par Joseph Dufresne, (a été rayé : et en profondeur) jusqu'à la ligne de François Xier Jeannot, et en profondeur depuis le moulin à scie jusqu'à la distance nécessaire pour pour farmer la superficie du dit terrein. Deuxièmement tous les droits, jouissances et prétentions qu'il a ou peut avoir dans le susdit moulin à scie qui tient au terrein ci-dessus, duquel il se dessaisit ainsi que de tout ce qui peut y avoir rapport (a été rayé : au dit moulin). La transaction est fait pour et moyennant la somme de soixante quinze Louis, cours actuel de cette Province que le dit vendeur reconnait avoir reçue ce jour des dits acquéreurs dont quittance générale et finale (notaire Théophile-Romual Bergeron, no 188).

Comme Felix, plusieurs familles quittent leur région pour aller s’établir là où il y a des terres disponibles. C’est ainsi que, peu avant 1850, l’oncle par alliance de Felix, Hubert Séguin, frère de sa belle-mère, Clophée Séguin, s’installe, avec sa femme et ses trois enfants, au bord de la rivière Petite-Nation. Il a squatté des terres, plus tard les lots 32 et 33, juste en haut des actuelles chutes à Joubert, comme d’autres avant lui : on trouve dans le rang IV, Louis Brazeau, sur le lot 30, Antoine Dicaire, sur le lot 38, et Noël Neveu, sur le lot 41. Cet Hubert Séguin a épousé le 16 octobre 1820 à Sainte-Madeleine de Rigaud, Josèphe Sabourin, fille d’André et Magdeleine Brasseur; plus tard, son fils, Damase Séguin, prendra en charge le lot 32 alors que son père, Hubert Séguin, gardera le lot 33. Le beau-frère d’Hubert Séguin, André Sabourin fils, s’est établi peu avant 1861 sur le lot 38 du rang IV qui était occupé précédemment par Antoine Dicaire, v.1852. Le frère d’André Sabourin, Antoine, occupe le lot 35; le fils de ce dernier, également nommé Antoine, occupe le lot 34, tandis que son gendre, Antoine Saint-Denis, époux d’Eulalie Sabourin, occupe le lot 36.

Ces colons devaient se rendre à la petite chapelle de Saint-André-Avellin, construite en 1849, pour les cérémonies de baptême, de mariage et de sépulture. Le village Saint-André-Avellin a été érigé en paroisse en 1851. Toutefois, pour moudre le grain et scier le bois, il fallait se rendre au moulin seigneurial, celui construit [en 1822] et placé en aval de la "Prairie des Castors", près de l'étang du même nom. [20] L’étang des Castors est le ruisseau qui coule sous l’actuelle rue Duquete, à Papineauville. On y retrouve encore aujourd’hui l’ancienne maison du meunier. Au recensement de Montebello, en 1851, on retrouve dans la seigneurie deux moulins à farine et deux scieries.

On a donc une bonne idée des raisons qui ont motivé Felix à accepter de suivre ses beaux-parents pour aller s’installer sur une île de la rivière Petite-Nation. Compte tenu des dates de naissance de ses enfants, on peut penser que Felix, sa femme et ses trois enfants, sont arrivés là peu avant 1856, puisque le 4e enfant, Délima, est baptisée à Saint-André-Avellin le 1er juin 1856. Les deux premières filles sont nées et ont été baptisées à Sainte-Madeleine de Rigaud. Aucune trace toutefois de leur fils Dolphis, qui serait né v.1854 à Rigaud. La généalogiste Yvette Séguin-Thériault précise : « Il y amène son épouse Olympe Labre, fille de Hyacinthe Labre et de Cléophée Séguin dit Ladéroute et ses trois enfants : Auxile, Marie et Delphis. La partie de l’île qu’ils occupent fait partie du lot no 31 du rang 4 du canton. Le jeune ménage a de toute évidence été encouragé à venir s’installer à cet endroit par la famille d’Olympe Labre dont les parents possédaient une partie de terrain voisin de l’île et le lot no 32 appartenait à nul autre que Hubert Séguin dit Ladéroute, frère de Cléophée. » [21] Étant menuisier, Felix a probablement vu le potentiel du débit d’eau à cette hauteur de la rivière Petite-Nation. Dans son Mémoire sur la paroisse Saint-Casimir publié en 1895), le Père Alexis Bartigieux écrit : Vers 1856 arriva à Ripon le père Felix Proulx. Il s’établit sur l’île traversée par la ligne de séparation entre le Canton de Ripon et la Seigneurie Petite Nation. Il profite du magnifique pouvoir d'eau pour y bâtir un moulin à farine. Les colons donnent des corvées pour organiser l’écluse et dresser la charpente du moulin. Les colons de la Côte Saint-Pierre se font un chemin pour venir au moulin et les colons de Ripon profitent de ce chemin pour sortir et aller à l’étranger. Quelle heureuse amélioration ce moulin à farine va procurer aux colons du Township! M. Proulx est tellement encouragé avec son moulin à farine, en 1860, il pense bâtir un moulin à scie. Il y réussira grâce à son énergie et à l’aide des colons.

Laissons place à l’auteur François-Régis Soucy, qui a écrit sur le recensement de 1851 à Ripon : « Sur le rang 4 habitent déjà Louis Brazeau, lot 30, Hubert Séguin, lots 32 et 33, Antoine Dicaire, lot 38 et Noël Neveu, lot 41. La famille Brazeau habite un chantier en bois rond. Louis, cultivateur (57 ans) et son épouse Scolastique Hurtubise (48 ans) ont six enfants dont l’âge varie de 20 à 4 ans : Scholastique, Amable, journalier, Philomène, Louis, journalier, Louise et Alphonsine. La famille Séguin habite une maison de bois en pièce sur pièce. Hubert, cultivateur (63 ans) et son épouse, Josephte Sabourin (48 ans) ont deux enfants : Damase, cultivateur (22 ans) et Appoline (16 ou 14 ans). Olémine Daoust (9 ans) est inscrite avec la famille. Séguin n’a pas de potasserie inscrite au recensement. Les Dicaire : Antoine, cultivateur (39 ans) et Scholastique Robillard (39 ans) ont quatre enfants dont l’âge varie de 15 à 3 ans : Felix, Hercule, Flavie, Marcille, et Guillaume. Aucune donnée n’est inscrite sur la potasserie ou l’habitation. La famille Neveu habite un chantier de bois. Noël, cultivateur (28 ans) et son épouse Angélique Brazeau (27 ans) ont deux enfants : Catherine (5 ans) et Angélique (2 ans). Louis, cultivateur âgé de 24 ans, demeure dans la même maison. Neveu n’a pas de potasserie. […] À cette liste, nous ajoutons aussi les familles suivantes, que le recensement ne localise malheureusement pas. Le jeune couple Isidore Rhéaume habite un chantier de bois rond. Isidore, cultivateur (28 ans) et son épouse, Adèle Payette dit St-Amour (22 ans) n’ont pas d’enfant recensé. Rhéaume ne possède pas de potasserie. Le jeune couple Beauchamp demeure dans un chantier en bois rond : François, forgeron (23 ans) et son épouse (17 ans). Beauchamp possède une potasserie et a fait une « passe » de sel en 1851. La famille Caillé habite un chantier en bois rond : François, cultivateur (âgé de 25 ans) et son épouse (22 ans) ont trois enfants : Marcel (6 ans), Angèle (4 ans) et Marcelline (2 ans). Plusieurs autres familles, qui viendront plus tard s’établir dans le canton de Ripon, sont recensées dans la Seigneurie de la Petite-Nation. » [23]

Le 11 mai 1855, le village de Ripon est proclamé canton et des billets de location de terre sont émis aux 18 familles déjà installées. Parmi elles, on retrouve les Foucault, les Mignier dit Lagacé, les Boismenu, les Vézeau, les Cholette, les Nault, les Grosleau, les Cyr, les Marcoux, les Rhéaume, les Beauvais, les Brazeau, les Séguin, les Dicaire, les Neveu, les Beauchamp, les Caillé, les Quesnel. [24]